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2015-05-04T14:58:34+02:00

L'avion

Publié par Emma Ponthier
L'avion
L'avion

« Mesdames et Messieurs, bienvenue à bord. La température extérieure est de 30°C. La durée approximative de notre vol est de 12 heures. Nous arriverons à Pretoria à 10 heures, heure locale. »

“Ladies and gentlemen, welcome aboard. The temperature outside is 30°C. Our flight will last approximately 12 hours. We’ll be in Pretoria at 10, local time.”

Ensuite, bien entendu, nous eûmes droit aux consignes de sécurité et aux démonstrations de l’hôtesse que tout le monde écouta scrupuleusement mais que peu seraient capable d’appliquer en cas de réelle panique.

Nous écoutâmes la même chose dans un anglais approximatif et un accent qui aurait fait Shakespeare se retourner dans sa tombe.

Laissons là les problèmes linguistiques et attardons nous un peu sur les passagers. Nous étions environ 50 dans ce DC10. Je regardai autour de moi….et pensai « Et c’est parti pour 12 heures dans cette boite à sardines avec des gugusses que je ne connais pas ! ». A ma gauche se trouvait une grand-mère aux cheveux argentés. Sa peau burinée me rappela un instant les goldens que ma mère m’achetait, croyant me faire plaisir, et qui se desséchaient dans la corbeille à fruits car personne ne les aimait. A ma droite, un homme bouffi par l’alcool, la cinquantaine, bedonnant. Des auréoles jaunâtres apparaissaient sur sa chemise blanche mal repassée. Il émanait de lui un parfum bon marché, loin des délicates senteurs de Chanel et d’Yves Saint Laurent…. « Encore un à qui la vie n’a pas fait de cadeaux », pensais-je au fond de moi.

Je dévisageai les passagers un à un, du moins ceux que je pouvais apercevoir depuis ma place. Il y avait de tout, des enfants qui criaient, d’autres qui pleuraient , des hypoglycémiques qui s’empiffraient de sucreries, des anxieux qui faisaient leur prière à la moindre turbulence, des coquettes qui refaisaient leur maquillage pour être toujours au top, quoi qu’il arrive…bref, tout ce petit monde vaquait à ses occupations. Il y eut un film, une comédie sentimentale légère, une de ces productions Hollywoodiennes qu’on oublie bien vite tant l’histoire est inconsistante, puis un documentaire sur l’Afrique du sud qui nous fit passer le cap ( juste une petite blague )des 6 heures de vol. Je m’étais assoupie après le documentaire et je fus tiré de ma léthargie par la voix de l’hôtesse. « Tea, coffee, orange juice ? ».

Le café de l’avion étant plus proche du jus de chaussette que de l’espresso de Georges, j’optai prudemment pour le thé.

« Tea please! ».

« Biscuits, sandwiches? ».

« No, thanks ».

Je me suis toujours demandée comment on pouvait manger les sandwichs de l’avion, insipides et sans saveur. La seule vue des plateaux repas me coupait l’appétit alors que je n’avais pas mangé depuis des heures et qu’en temps ordinaire, j’aurais déjà pu avaler un bœuf sur pieds.

Je regardai autour de moi et je me rendis compte qu’il y avait des sièges vides. Je me dis que ces gens étaient sans doute aux toilettes. Une heure plus tard, après avoir encore somnolé, je m’aperçus que non seulement les sièges vides n’étaient toujours pas occupés mais que d’autres sièges étaient vacants.

« C’est bizarre, ça », pensai-je. « Mais où sont ces gens ?!! ».

Nous étions maintenant à 3 heures de Pretoria et le pilote n’avait pas refait d’annonce depuis le départ. Quant aux hôtesses, elles semblaient s’être volatilisées dans la nature.

Je mis tout ça sur le compte de la fatigue et je repris le roman que j’avais commencé la veille, page 210. J’en continuai la lecture jusqu’à la page 270, puis, me sentant déshydratée, je décidai d’appeler l’hôtesse pour avoir un verre d’eau. J’appuyai sur le bouton d’appel une fois, deux fois, trois fois…rien. Me rappelant qu’on n’est jamais mieux servis que par soi même, je me décidai à chercher de l’eau par mes propres moyens. Toute la rangée semblait somnoler. Mais le plus étrange dans tout ça, c’est qu’il restait très peu de gens. Mais où étaient-ils passés ? Je commençais à me poser des questions. Je retournai vers mon siège, sans avoir trouvé une goutte d’eau et je dis à mon voisin : « Vous ne trouvez pas ça étrange, vous, qu’il y ait la moitié des sièges vides ? ».

Effectivement, tout ceci n’était pas très normal et d’autres personnes commencèrent à s’en inquiéter. Et l’inquiétude commença à se propager. « C’est quand même pas plausible qu’ils soient tous dans la cabine de pilotage », rétorqua la femme au visage fripé. « Le meilleur moyen de le savoir, c’est d’aller voir. Qui me suit ? ». Trois personnes répondirent à mon appel et nous nous dirigeâmes vers la cabine de pilotage.

« Il y a quelqu’un ? Ohé ? Anybody ? ». Personne. Nous pénétrâmes dans la cabine et là, stupéfaction, pas de pilote, pas de stewart, pas d’hôtesses, personne, rien que cette immense cabine vide avec des boutons qui clignotent. Puis arrivèrent les turbulences, l’avion commença à perdre de l’altitude, à bouger dans tous les sens. Dans l’allée principale, des sacs tombaient, les masques à oxygène voltigeaient. « Mon dieu », criai-je, « On perd de l’altitude, PERSONNE NE SAIT PILOTER ??????

« Si, moi », répondit un des passagers, « mais je n’ai jamais piloté sur ce type d’appareil ».

Sans équipage, la moitié des passagers envolés dans la nature…qu’allions nous devenir ?

Notre pilote de fortune s’assit et commença à toucher à un tas de boutons et de manettes auxquelles nous ne comprenions strictement rien. Il prit la radio et tenta de contacter l’aéroport. « Ici vol AF 2450 à destination de Pretoria….sommes en difficulté……demandons de l’aide », je répète…« Ici vol AF 2450 à destination de Pretoria….sommes en difficulté……demandons de l’aide. »

Il s’en suivi une sorte de vrombissement, puis un cliquetis, puis plus rien.

A l’extérieur, tout était noir, calme. L’avion semblait s’être stabilisé. Nous sortîmes tous les trois de la cabine et là, en retournant vers les autres passagers, nous eûmes la stupéfaction de voir qu’il n’y avait plus personne. C’était le néant total, un cauchemar…Je m’assis, fermai les yeux et épuisée, finis par m’endormir. J’entendais des bruits autour de moi….tout d’abord sourds, et petit à petit, de plus en plus nets.

« Docteur, docteur, ça y’est, elle s’est réveillée….enfin ! ».

« Et bien, dite moi, vous nous avez fait une belle frayeur ! Heureusement que nous avions un médecin à bord ».

« Quoi, mais, mais, les passagers sont revenus, l’hôtesse est là….il n’y a plus aucun problème ??? ».

L’hôtesse me fixa du regard, les yeux écarquillés.

« Mais, il n’y a jamais eu de problèmes à part vous ! ».

Elle m’expliqua ensuite que je m’étais endormie et que prise d’une crise de somnambulisme, j’étais devenue violente envers un passager, tentant de l’étrangler, que ce dernier avait rétorqué violemment en m’assénant un coup sur la tête, d’une telle force que je m’étais évanouie et qu’avec un passager médecin, ils essayaient de me réveiller depuis plus d’une heure. Je passai la main sur mon front et je sentis une énorme bosse !

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