Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

2015-05-04T15:04:08+02:00

Le village du non retour

Publié par Emma Ponthier
Le village du non retour
Le village du non retour
Le village du non retour

Ayant décidé de faire quelques emplettes, j’étais allée dans un magasin de décoration. Mon sens pratique m’ayant une fois de plus joué des tours, je n’avais pas jugé utile de prendre un caddy, pensant, comme à l’accoutumé, que j’allais me contenter d’une ou deux broutilles. C’était sans compter sur ma légendaire boulimie d’achat, acheteuse compulsive, pour employer le terme si cher aux psychologues. Me voilà à la recherche d’un pot de fleurs, puis je tombe sur un bananier en promotion, ce dernier attirant mon regard, dans cette quête incessante de dénicher la perle rare que j’avais fait mienne. Bien entendu, je ne parvenais pas à sortir du magasin, tant mes bras étaient envahis par les divers pots de fleurs et ce fruitier dont j’allais sans doute me lasser avant même d’en avoir pleinement profité.

Arrivant, après maintes contorsions à franchir la porte de cette établissement, je réussis tant bien que mal à me frayer un passage au milieu de divers soldeurs à l’extérieur du magasin où j’eus encore le courage de prendre quelques vases supplémentaires, le mot gratuit affiché dessus, ayant, une fois de plus captivé toute mon attention.

C’est alors que recherchant ma voiture, je ressentis les prémices de ce qui allait tourner au cauchemar. Dotée d’un sens de l’orientation déplorable, bref, n’étant pas née avec un GPS ou autre Tom Tom à la place du cerveau, ce qui certes, m’aurait sauvé dans biens des situations, je parti à la recherche de ma 307 sur le premier parking. Il y en avait trois, les uns à côté des autres, et, ayant tourné pendant une éternité pour trouver une place, et ensuite obtenu gain de cause, je n’arrivais désormais plus à me rappeler où se trouvait le tas de tôle cabossé qui me faisait office de voiture.

J’avais en plus rendez-vous à la piscine d’Antibes avec deux amies, et la perspective d’arriver en retard me perturbait davantage que le fait de ne pas retrouver ma voiture. Me voilà cherchant en long, en large et en travers dans le premier parking. Rien…..Je cherche encore et encore…toujours rien…, j’essaye le deuxième…toujours rien.

Le doute commence à m’envahir. Ou est passé ma voiture ? Dans le troisième ? Et si on me l’avait volé ?! N’obtenant aucune réponse à mes questions, je me dirige vers le dernier parking, sans plus de succès.

Cet à ce moment précis que j’aperçus la Honda rouge de mon ami, à qui je fis signe de s’arrêter.

« Alors Emmanuelle, qu’est-ce-qui t’arrive ? «

« Tu vas rire, je ne trouve plus ma bagnole ! »

« Non, tu déconnes ?!!!! »

« Non, non, je t’assure. En plus, Edith et Valérie m’attendent à Vence pour que je les amène à la piscine. Tu peux faire vite s’il te plait ? »

« OK, Miss, pas de problème. », répondit il nonchalamment, comme par automatisme.

La voiture démarra en trombe et fila à vive allure, me laissant enfin le temps de me reposer les méninges, enfin soulagée de pouvoir enfin rentrer chez moi retrouver mes amies. L’inquiétude avait laissé place à un retour au calme bien mérité. Après la phase de stress intense, j’étais entrée dans un état de somnolence, me laissant bercer par le vrombissement de la voiture, les paupières commençant à se clore sous l’effet soporifique de la balade. Je n’avais pas à conduire, juste à me laisser guidée, je pouvais enfin lâcher prise et me confier au chauffeur.

C’est à se moment que nous amorçâmes une colline abrupte, où les virages s’enchainaient les uns après les autres, et nous tournions encore et encore, montant de plus en plus haut vers des montagnes qui ne ressemblaient en rien aux Baous.

« Mais…on n’est pas sur le bon chemin ! Tu vas où ???? »

« Ben, au boulot. J’ai une réunion urgente, et pas le temps de te déposer chez toi avant. Tu n’as qu’à attendre dans la voiture, je ne serai pas long. »

« Quoi ?!!! », répondis- je, interloquée par cette remarque. Le mythe du prince charmant volant à mon secours, s’était, une fois de plus envolé, réduit à néant, laissant place à une colère, à peine dissimulée.

« Non mais je rêve !!! Tu ne pouvais pas le dire avant !!! »

Je ne pouvais même pas prévenir Edith ou Valérie car j’avais oublié mon portable dans ma voiture et ma mémoire des chiffres égalant mon sens de l’orientation, j’étais dans la panade la plus complète.

Il se gara devant une grande bâtisse en pierre où des femmes asiatiques semblaient s’affairer, comme pour préparer une réception. Il se dirigea vers la maison où il était sensé retrouver des hommes d’affaires pour signer un important contrat, une affaire capitale, sans aucun doute.

C’est alors que les deux femmes, genre Geisha, commencèrent à lui donner à manger, le flattant, l’une s’asseyant sur ses genoux, l’autre lui caressant la joue et l’embrassant. Ayant la ferme intention de ne pas assister à ce spectacle nippon décadent et à l’encontre de toute bonne mœurs, mêlant business et plaisir pour obtenir une vulgaire signature sur un papier, je décidai de couper cours à cette effusion de gestes déplacés. Je sortis comme une furie de la voiture, mes origines italiennes me rappelant régulièrement à l’ordre, et me précipitai vers la première femme, lui jetant violemment la nourriture au visage.

« Alors, elle te plait cette pétasse avec sa soupe aux nems sur la tête ?!!!! J’hallucine ! Je perds ma voiture, je me retrouve dans ce bled paumé et en plus, je dois attendre que monsieur ait fini de se donner en spectacle pour conclure une affaire. C’en est trop, je prends ta voiture et je me casse ! Tu n’as qu’à demander à tes pétasses de te ramener ! Pff ! ».

Je fis donc demi-tour mais vu que je n’avais pas fait attention à la route et que je somnolais à moitié, plus j’essayais de m’éloigner, plus les routes me ramenaient dans le centre du village. Je tournais, encore et encore, le cœur palpitant, regrettant d’être montée dans cette voiture et énervée du spectacle écœurant qui s’était offert à mes yeux.

« Mon dieu où suis-je ? Je ne comprends pas ! Plus j’essaye de m’éloigner, plus je m’enfonce dans ce village. Oh miracle, une pancarte, deux pancartes, trois….Je me retrouve soudain à un carrefour avec une centaine de panneaux, partant dans tous les sens, indiquant des directions totalement opposées. Paris, Hyères, Belfort, New –York à gauche ou à droite !

Devant l’incohérence des panneaux, je me décidai à demander l’aide salvatrice dont j’avais tant besoin et je me dirigeai vers une station d’essence, symbole d’un élément de civilisation dans ce paysage de désolation. STATION LYSA, sans plombs, 14§, diesel, 10§

« C’est quoi ce nom et cette monnaie étrange. Je suis sur une autre planète ou dans une autre dimension. Mais où suis-je ?????? ».

Je commençais à regarder les gens qui m’entouraient et à ce moment, le nom de la station, les prix et les pancartes me parurent bien moins étranges que les gens qui marchaient aux alentours. Ils portaient tous des canotiers, des bermudas à rayures et des tee shirts blancs. Je commençais à me demander si je n’étais pas en train de perdre le peu de raison qui me restait.

Je me dirigeai vers un de ces habitants étranges.

« Excusez-moi, pourriez vous m’indiquer la route de Vence, s’il-vous plait ? ».

En guise de réponse, je du me contenter d’un « mais madame, vous pouvez suivre les panneaux. Essayez toujours, mais ici, on peut venir mais pas partir, personne n’y est jamais parvenu ».

« Comment cela est il possible. Je dois aller à Vence !!!Je veux rentrer !!!!! ».

« Et bien dans ce cas, bon courage, vous serez peut-être la première à relever le défi. ».

C’était décidé, sens de l’orientation ou pas, je quitterais cet endroit maudit dont toute logique semblait absente. Avant de partir, je décidai de demander une dernière fois de l’aide. A côté de la station d’essence ce trouvait un bar dans lequel je me décidai à entrer dans cet endroit sordide qui tenait plus de l’établissement désaffecté après une récente faillite que d’un lieu de convivialité propice à une quelconque conversation, si futile soit elle. Un Vieil homme, l’air hagard, les paupières lourdes, essuyait un verre ballon d’un air nonchalant, même pas surpris par ma présence. D’un geste automatique, il pointa son index en direction d’une grande porte comme si il répondait à une question que je ne lui avais même pas posée. Je m’exécutai en silence, après tout, plus rien ne pouvait m’arriver….

J’ouvris une porte qui me conduisit vers une autre porte, puis une autre, et une autre, plus j’en ouvrais plus il y en avait. Pendant une heure, j’essayai de sortir de ce labyrinthe, en vain. »Le cauchemar continu, je vais me réveiller….c’est pas possible ! ». Il devait forcement y avoir une explication rationnelle

à tout cela. Soudain, oh miracle, dans une des pièces, j’aperçus un téléphone portable. « Vite, il faut que j’appelle quelqu’un, bon sang, impossible de me rappeler un numéro de téléphone. Quelle mémoire, ce n’est pas vrai, ça y’est, je me rappelle du numéro d’Eponine, je le compose nerveusement, me trompe deux fois et enfin….une tonalité….Réponds bon sang, réponds….. ».

« Allo, Epo ? »

« Salut tu vas bien ? »

« Oui, oui, enfin non, j’ai besoin d’aide, je suis perdue et ….bip bip »

Avant même d’avoir pu expliquer quoi que ce soit, la ligne était coupée, la conversation interrompue, même le téléphone s’y mettait. J’étais découragée, à bout de nerf, vidée de tout optimisme ou d’un quelconque espoir. Au moment où j’allais craquer, une porte s’ouvrit vers l’extérieur, et, dans la lumière que le soleil balayait généreusement dans la pièce, une silhouette connue apparue. C’était une collègue de travail que je connaissais depuis 8 ans.

« C’est toi Marielle, oh, si tu savais ce que je suis heureuse de te voir. J’allais enfin pouvoir rentrer. « Figure toi que je me suis perdue…. ».

Je lui racontai toute l’histoire dans les moindres détails. Elle m’écouta inlassablement, le visage impassible, puis, quand j’eus fini mon récit, elle me regarda calmement et me dit : « Mais, qui êtes-vous ? ».

Voir les commentaires

commentaires

Girl Gift Template by Ipietoon - Hébergé par Overblog