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2015-06-20T08:48:10+02:00

Surveillances en clinique

Publié par Emma Ponthier
Surveillances en clinique
Surveillances en clinique



Dans cette grande maison qu'est l’éducation nationale, il faut être paré à toute éventualité. On peut être amené à interroger en prison ou à surveiller en clinique.
Réveil à 5 heures, trempée avec 39 de température, je laisse mon matelas baignant dans la sueur, me dirige sous la douche pour pouvoir honorer la clinique de ma présence à 7.30. Je suis la seule à l’heure, j’arrive, pas un chat…Je cherche l’entrée, une jeune fille m’accueille chaleureusement et m’indique où émarger et surtout où je dois surveiller. Elle me montre deux salles et m’explique qu’il y a un élève par salle et que je dois rester dans le couloir pour surveiller. Le couloir fait la taille d’une boite à chaussures atteignant déjà les 28 degrés à 7.30. Je lui demande si il s’agit d’une plaisanterie, mais non, elle me dit très sérieusement qu’il ne faut pas les déranger ni les perturber. Elle m'indique la salle des professeurs pour patienter. Quelqu’un a pris l’initiative de faire un café dans une cafetière vétuste semblant avoir fait la guerre de 14/18, et vu que le filtre est mal mis, tout se déverse sur le meuble et son contenu mais personne ne s’en rend compte. Me sentant dans mon jour de charité complète, je remets le filtre pour sauver le café collectif. C’est toujours le désert complet. Finalement, les autres surveillants arrivent, pour 5 étudiants dans une salle un peu plus loin, avec ventilateur. Je me dis que comme d’habitude je suis le dindon de la farce…Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, je vérifie les convocations, fais remplir l’en tête de la copie. On nous demande d’être là à 7.30 et la proviseure arrive tranquillement avec les sujets à 8h05. Elle me demande de m’éloigner du candidat car je suis trop proche de lui, je risque de le perturber et il peut paniquer et faire une crise. Il faut écrire l’heure au tableau sans feutre, heureusement j’en ai toujours sur moi….Je dois donc le surveiller et ne pas le regarder…trop facile.

La température augmentant, on décide d’ouvrir les fenêtres et les jardiniers s’en donnent à cœur joie pour faire ronronner tronçonneuses et autres engins de tortures pour les mauvaises herbes. Cela ne perturbe pas le candidat qui tape sur l’ordinateur tout en mangeant les victuailles qu’on lui a amenées, des pains au chocolat, des abricots et de l'eau. Les candidats sont chouchoutés, maternés, tout est fait pour qu’ils travaillent dans les meilleures conditions. Une collègue décide de demander aux jardiniers de faire moins de bruits car des élèves passent le bac.
« Le quoi ???? » « C’est quoi le bac ? ». Je vous épargne l’air ahuri sur son visage. Non seulement ça ne les calme pas, mais ils reprennent de plus belle. Entre temps, on m’explique que le premier candidat est atteint de Gilles de la Tourette et que le deuxième est agoraphobe. Dans un souci d’anonymat, je ne dévoilerai pas les noms. Je m’imagine déjà me faisant insulter dans ma boite à chaussures, des gros mots fusant de ci, de là, puis en même temps, l’autre faisant une crise de panique et tentant de sauter par la fenêtre, moi-même commençant à perdre les quelques neurones surchauffés de ma cervelle engourdie. Mais non, ils sont d’un calme olympien, il ne se passe rien, pas un bruit, rien, le néant total, l'inactivité au plus haut point. J'en arrive à suivre du regard les moustiques qui tentent de me piquer.
Au moment où on nous apporte le café, je n'ai pas envie d'y toucher, allez savoir pourquoi. Ses longues heures à attendre m'ont fait avoir une pensée de compassion pour les gardiens de musés. Et tout ceci ne fait que commencer, ce ne sont que les prémices de longues heures de surveillances qui laisseront place à d'autres longues heures de corrections qui sauront, je l'espère, agrémenter mon quotidien de quelques perles dont je ne manquerai en aucune façon de vous faire part.

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commentaires

Ed 20/06/2015 19:47

Tu as vraiment eu à surveiller dans ces conditions? Ma pauvre... la prochaine fois demande à venir chez nous

Emma 20/06/2015 20:20

Je me console au resto en ce moment.

Thomas 20/06/2015 16:41

plutôt sympa à lire mais certainement pas à vivre en réalité !!

Emma 20/06/2015 17:22

La perspective de pouvoir écrire me rend toute douleur beaucoup plus supportable.

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